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Bio express

Age : 53 ans

Profession : assistante à la paroisse de Fuheis

Ville : Fuheis, Jordanie

Dénomination : catholique latine

Jumana

“Mettre à jour le logiciel de l’Eglise”

Comment décririez-vous votre relation à l’Eglise ?

Je vis l’Evangile au quotidien, notamment depuis que je suis membre du mouvement des Focolari. C’est comme une grande famille, née dans l’Eglise catholique, mais ouverte à toutes les religions au nom de l’unité, de la fraternité et de la paix. Grâce à ce mouvement, il ne s’agit plus seulement de lire les textes, mais d’en pratiquer concrètement les enseignements. J’y ai trouvé une grande joie personnelle.

 

Quels sont, pour vous, les problèmes majeurs auxquels doit faire face l’Eglise aujourd’hui ?

Il y en a beaucoup, mais c’est normal. Toutes les familles en ont. Mais ces problèmes, je les considère plutôt comme des défis, qui nous stimulent et nous poussent à nous remettre en question. Le Pape le dit lui-même : toute crise représente une chance de grandir. Par exemple, il nous faut mieux comprendre les jeunes, ou les besoins des familles. En Jordanie, je pense que nous devrions mettre à jour le logiciel de l’Eglise. Parfois, l'Église est trop déconnectée de la vie des gens. Je vois beaucoup de prêtres essayer d’être proches des gens. Mais les intérêts de beaucoup d’autres sont ailleurs.  Il faudrait aussi que l’Eglise se focalise sur les nouvelles familles. Je vois beaucoup de jeunes couples se séparer après quelques années. Ils devraient être mieux préparés et formés. D’autres s’éloignent de l’Eglise, parce qu’ils n’y trouvent pas ce qu’ils veulent. Le discours, les mots de l’Eglise devraient être repensés, en fonction de ce dont les jeunes ont besoin et ont envie. L'Église de Jordanie est en pleine transformation : elle passe de la tradition vers la modernité. Ce mouvement prend du temps, génère des frustrations entre les gens qui trouvent que ça va trop vite et ceux qui pensent que ça va trop lentement. On est sur le chemin. Le temps de l’Eglise est différent.

 

En tant que Jordanienne, vous sentez-vous représentée par le Patriarche Latin, qui vit à Jérusalem ?

Non. Je dis ça en pensant à l’Eglise catholique de Rome, mais l’Eglise de Jérusalem aussi est loin de nos problématiques. Je ne sens pas de relations. C’est dur pour les Jordaniens d’obtenir des visas pour voyager en Israël/Palestine et de visiter les lieux saints. Ma soeur a fait deux demandes, et à chaque fois, elles ont été refusées. On sent qu’on appartient à la Terre Sainte. Si la situation politique le permettait, tous les chrétiens Jordaniens  iraient en pèlerinage de l’autre côté du Jourdain. Je suis 100% Jordanienne, je n’ai pas d’ancêtres palestiniens, comme la plupart des gens ici. Mon approche est différente. Les gens qui ont de la famille palestinienne sont plus connectés émotionnellement. Leur histoire est là-bas. Concernant le patriarche, on apprécie qu’il vienne ici. Mais que fait-il vraiment pour nous ? Pourquoi ne reste-il pas parler avec les prêtres, avec les gens d’ici ? On n’a pas la sensation d’une grande proximité. La Jordanie est pourtant un pays à part entière et les chrétiens doivent faire face à un gouvernement. Les gens d’ici se retrouvaient dans la personne de Mgr Fouad Twal, le précédent patriarche Latin de Jérusalem, parce qu’il était Jordanien. Peut-être que c’est aussi à nous d’accepter Mgr Pierbattista Pizzaballa, même s’il est italien.

 

Comment c’est d’être chrétien en Jordanie ?

Nous avons beaucoup de liberté pour vivre notre christianisme. Par exemple, nous avons pu organiser un chemin de croix dans le quartier autour de l’église latine au moment de Pâques, sans que cela pose de problèmes. Il y a une vraie tolérance, et elle est encouragée par le gouvernement ainsi que la famille royale.

 

De quoi rêvez-vous pour l’Eglise ?

Je rêve que nous parvenions à atteindre et impliquer tous les jeunes. Ils sont le présent, le futur, et à la source de beaucoup de richesses pour notre Eglise.

Propos recueillis par Cécile Lemoine