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Bio express

Age : 27 ans

Profession : étudiant en grec et latin

Ville : Jérusalem

Rite : Catholique latin

Dima

"Je me sens membre de cette Eglise. Mais je ne pense pas que les autres me voient comme tel"

Etes-vous impliqué dans l'Eglise ?

 

Je suis né en Ukraine où ma mère m'a baptisé selon le rite orthodoxe. Ma famille n'est pas du tout religieuse. Mon grand-père était juif, mais pas mes parents. Vers l'âge de 16 ans, j'ai commencé à m’intéresser aux autres religions. Je suis allé au vicariat de la communauté hébréophone. J'ai assisté à des messes, semaines après semaines, et ma foi a grandi de manière assez organique. J'ai fait un peu de traduction pour le vicariat de Saint-James, puis je suis devenu professeur de catéchisme pour la centaine d’enfants de la communauté des migrants et des demandeurs d'asile à Tel Aviv. Je suis également animateur de groupes de jeunes. Tout ce processus a été très progressif. Les gens comme moi sont une minorité. C'est une transition difficile à faire depuis le monde juif, surtout vers l'église catholique. Certains se rapprochent plus des juifs messianiques. C'est plus facile, moins étranger. 

 

Vous sentez-vous membre de l'église de Terre Sainte ?

 

Oui, mais c'est compliqué. Il y a du travail à faire sur la façon dont nous pouvons exister en tant qu'Eglise unifiée malgré les divisions politiques et sociales. Le fait que j'ai servi dans l'armée pendant 5 ans sera une barrière, même si nous sommes tous catholiques et que nous appartenons au Patriarcat latin, à Bethléem, Beit Sahour, Taybeh... Je me sens membre de l'église. Mais je ne pense pas que les autres personnes me voient comme tel. Je le comprends. Je comprends que quelqu'un puisse se sentir mal à l'aise en entendant de l'hébreu à l'intérieur d'une église. Ils entendent l'hébreu aux checkpoints, ou dans d'autres contextes problématiques. Il serait logique qu'ils disent : "Vous venez même jusque dans nos églises, laissez-nous au moins nos églises". 

 

Qu'est-ce qui vous dérange dans la façon dont l'église fonctionne aujourd'hui ?

 

Je pense que le cléricalisme est un problème. Il y a ces prêtres qui conduisent des BMW, mais la couche plus profonde du cléricalisme est le pouvoir institutionnel qu’ont leur donne, alors même qu’ils n'ont pas les compétences. Quand vous étudiez dans un séminaire, vous n'étudiez pas l’éducation, ou la manière de gérer un hôpital. Pourtant des prêtres se retrouvent à la tête de ce genre d’établissements. Beaucoup de choses que nous considérons comme dysfonctionnelles au sein de l'église sont liées au cléricalisme. L’autre point, c’est le manque d’espace et de parole donné aux femmes. Il n'est pas accepté ici, au Moyen-Orient, que les femmes deviennent des figures de pouvoir. Très bien. Alors défiez la société dans laquelle vous vivez !

 

Vous attendez quelque chose du processus synodal ?

 

La charge de la preuve incombe aux membres de la hiérarchie . Il y a déjà tellement eu de "blablabla". Il est temps de procéder à un véritable changement. Les problèmes de l'Eglise sont les mêmes depuis ces 30 dernières années. Nous les connaissons tous. Depuis l'époque de Jean-Paul II, ils n'ont pas changé. Ce que j'attends, c'est quelque chose de concret. De nouveaux documents ne vont rien résoudre. Pour que les choses changent vraiment, les gens doivent comprendre qu'ils sont l'institution qu'ils accusent. Ils la forment. 

 

Avez-vous un rêve pour l'église ?

 

Je vais parler pour la communauté hébréophone, car c'est la réalité que je connais. Jusqu'à présent, nous avons fait profil bas, à cause de l'histoire, de l'Holocauste, des sensibilités... Il est possible pour l'Eglise d'être plus prophétique, et de commencer à prendre position, à être plus confiante, mais pas d'une manière impérialiste. Nos fidèles sont sur le point d'être expulsés parce qu'ils n'ont pas de papiers. L'Église doit dire quelque chose et ne pas avoir peur. 

Propos recueillis par Cécile Lemoine